Comment résister en temps de chaos : leçons de Tolkien sur la vérité, la bonté et le courage du quotidien

Galadriel : « Mithrandir, pourquoi ce Hobbit ? »

Gandalf : « Je ne sais pas. Saroumane pense que seule une grande puissance peut contenir le mal. Mais ce n’est pas ce que j’ai constaté. J’ai vu que ce sont les petits actes du quotidien, accomplis par des gens ordinaires, qui tiennent les ténèbres à distance. De simples gestes de bonté et d’amour. »

J’aime cette scène. J’aime cette réplique. J’aime Tolkien.

Il y a des périodes où tout semble se déformer. Les conversations deviennent agressives, les gens cessent de s’écouter, et il devient difficile de distinguer ce qui est vrai de ce qui est simplement répété avec conviction. On sent que quelque chose ne va pas, sans toujours pouvoir le nommer. Ce qui paraissait stable commence à glisser.

Dans ces moments, le réflexe consiste à chercher quelque chose d’assez fort pour rétablir l’ordre. Une autorité claire, un acte décisif, une réponse puissante. Cela paraît logique. Si tout échappe, la force devrait ramener les choses à leur place.

Et pourtant, Tolkien propose autre chose. Pas sous forme de théorie, mais à travers le déroulement de l’histoire. Dans l’adaptation cinématographique de l’univers de Tolkien, les tournants décisifs ne viennent presque jamais de la seule puissance. Ils viennent de l’hésitation, du doute, de la retenue, de gestes modestes qui ne semblent pas importants sur le moment.

La réponse de Gandalf dérange parce qu’elle ne correspond pas à ce que l’on attend. Il ne parle ni de force ni de stratégie. Il parle de gens ordinaires qui font des choses ordinaires, et de la peur, y compris la sienne. Il y a quelque chose de désarmant là-dedans. Cela fait descendre le niveau d’abstraction. La question revient à une échelle où l’on est impliqué.

Alors, que signifie résister quand tout autour semble s’embraser ?

Cela commence peut-être par des gestes simples. Dans la manière de parler quand d’autres exagèrent. Dans le fait de relayer ou non une information que l’on n’a pas vérifiée. Dans la capacité à rester dans une conversation sans la transformer en position à défendre.

Ce ne sont pas des actes spectaculaires. Ils ne changent pas un système du jour au lendemain. Mais ils modifient la qualité de l’espace auquel on participe. Et cela compte plus qu’il n’y paraît.

Ce qui rend la situation difficile aujourd’hui, ce n’est pas seulement le conflit. C’est la confusion. L’information circule vite, mais la compréhension ne suit pas au même rythme. On réagit à des fragments, à des impressions, à des émotions déjà façonnées par d’autres.

Dans cet environnement, la clarté devient une forme de résistance. Prendre le temps de penser avant de réagir. Accepter de ne pas tout savoir. Poser une question au lieu d’affirmer. Ce sont des gestes modestes, mais ils vont à contre-courant.

La difficulté, c’est que cela ne semble jamais suffisant. Quand la tension monte, les petits actes paraissent dérisoires. On veut quelque chose de plus direct, de plus tranché. Mais les réactions fortes nourrissent souvent la dynamique qu’elles prétendent combattre. Elles amplifient. Elles simplifient à l’excès.

Ce que l’histoire de Tolkien suggère, encore et encore, c’est qu’un mouvement inverse compte. Non pas se retirer, mais être présent autrement. Moins réactif, plus attentif. Ce n’est pas héroïque au sens habituel. C’est plus discret.

Et c’est peut-être pour cela que l’on a du mal à le prendre au sérieux. Parce que cela ne ressemble pas à du pouvoir. Pourtant, ces gestes accomplissent quelque chose d’essentiel. Ils interrompent les réactions automatiques. Ils ralentissent le rythme. Ils réintroduisent un espace où la pensée et le choix peuvent à nouveau exister.

Ce n’est pas tout. Mais ce n’est pas rien.

Yury Li-Toroptsov (FR)

Yury Li-Toroptsov est coach exécutif et systémique accrédité EMCC (niveau Practitioner), basé à Paris. Il exerce sous supervision professionnelle conformément au Code mondial de déontologie de l’EMCC. Il est également Training Candidate au C. G. Jung Institute Zurich, où il suit une formation analytique approfondie qui nourrit son approche réflexive du coaching sans relever de la psychothérapie. Il est aussi photographe d’art.

À travers sa méthode Coaching par l’Image®, il accompagne dirigeants et organisations dans le développement de la perception, de la prise de décision, de la résilience et de la communication symbolique, en travaillant avec les images comme support de réflexion structurée et d’action, dans un cadre de coaching clairement défini.

https://www.toroptsov.com
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