Le chat et la photo de Yury Li-Toroptsov
Quel est votre lieu sûr ? Quelle est votre salle de panique intérieure, votre refuge secret ? Que faites-vous lorsque vos sens sont saturés ou lorsque vous commencez à vous sentir physiquement en insécurité ?
Lorsqu’il est question d’un lieu sûr, nous avons tous une idée différente de l’endroit ou de la chose qui nous soutient dans les moments de crise. Il peut s’agir d’un lieu physique qui garantit notre sécurité et notre intégrité physiques. Par exemple, la Suisse a lancé un vaste programme de remise en état de son réseau national d’abris antiatomiques en raison des nouvelles tensions géopolitiques. Ce réseau de 370 000 abris privés et publics est en mesure d’accueillir l’ensemble de la population du pays, soit 9 millions de personnes.
Une autre forme de lieu sûr peut être une communauté numérique modérée qui offre sécurité et soutien. Les plateformes LGBTQ+ destinées aux jeunes, qui leur permettent d’explorer leur identité dans un environnement exempt de harcèlement, en sont un exemple.
La psychothérapie est, par essence, conçue comme un espace sûr. Qu’elle soit pratiquée en présentiel ou à distance, elle repose sur la notion clinique d’un contenant thérapeutique fondé sur la confiance, la confidentialité et l’absence de jugement.
Un lieu de sociabilité ou un tiers-lieu peut également constituer un espace sûr, à l’abri des dangers. Le soutien du groupe agit alors comme un bouclier face aux pressions de la vie. La France dispose d’un réseau particulièrement dense de quelque 4 000 tiers-lieux, soutenus par les pouvoirs publics.
Ce sont des exemples de lieux sûrs extérieurs. Mais qu’en est-il des lieux intérieurs ? De ces espaces sûrs que nous pouvons construire en nous-mêmes pour traverser les ouragans émotionnels et physiques ? D’un abri intérieur capable de nous accueillir lorsque notre sentiment de sécurité s’effondre ?
En réalité, un tel système est déjà inscrit dans notre corps. Notre cerveau est conçu pour nous apporter ce type de soutien en temps de crise. Il fait notamment appel à des mécanismes de défense psychiques, tels que les réactions de lutte ou de fuite et la dissociation, afin de prévenir la surcharge et de préserver notre intégrité physique et notre équilibre psychique.
La foi fonctionne comme un sanctuaire intérieur et métaphysique, un contenant pour l’angoisse existentielle.
Compte tenu de l’environnement social, politique et émotionnel dans lequel nous vivons aujourd’hui, il pourrait être judicieux de créer notre propre salle de panique mentale, structurée, ou mieux encore, un ancrage intérieur de sécurité auquel nous pourrions consciemment faire appel lorsque nous en ressentons le besoin.
Des approches psychologiques telles que l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing, ou désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) et les pratiques tenant compte des traumatismes peuvent nous inspirer dans la construction d’un sanctuaire intérieur. Comment procéder ?
Choisissez un lieu. Il peut s’agir d’un endroit réel ou imaginaire. L’essentiel est que ce lieu soit exempt d’associations négatives ou traumatiques.
Mobilisez tous vos sens. Rendez ce lieu aussi réel et vivant que possible en faisant appel à vos cinq sens.
a. La vue : Observez les objets, les formes et les couleurs qui composent ce lieu, par exemple une vallée ensoleillée et chaleureuse, une forêt ou un lac bleu.
b. Les sons : Imaginez les bruits ambiants ou le silence, le chant des oiseaux, le clapotis des vagues, etc.
c. Les odeurs : Retrouvez des odeurs agréables, comme celle de la brise marine ou du pain chaud.
d. Les sensations physiques : Évoquez des sensations tactiles, comme le sable doux, le bois tiède ou des coussins moelleux.
e. Le goût : Mangez-vous ou buvez-vous quelque chose dans cette scène ? Un thé chaud au jasmin, du lait, par exemple.
Soyez attentif à vos sensations corporelles et à vos émotions. Parcourez mentalement votre corps de la tête aux pieds et prenez conscience de ce que vous ressentez, par exemple un ventre détendu, des épaules relâchées, etc.
Choisissez un mot-clé et un geste. Choisissez un mot ou une expression simple qui décrit cet état, comme sécurité, calme, sérénité ou refuge. Associez-y un geste physique qui vous aide à retrouver cet état, par exemple une main posée sur le cœur ou les paumes jointes devant la poitrine.
Utilisez la stimulation bilatérale pour ancrer cet état. Gardez à l’esprit l’image, les détails sensoriels et les émotions positives. Effectuez plusieurs courtes séquences de stimulation bilatérale en tapotant doucement vos genoux, alternativement à gauche et à droite.
Testez et répétez. Pratiquez régulièrement cet exercice afin que ce refuge devienne naturellement accessible lorsque vous en avez besoin.
Votre lieu sûr intérieur ne doit pas devenir un lieu de résidence permanente, mais plutôt une ressource, un exercice qui vous aide à faire face au trop-plein et à retrouver un sentiment d’ancrage. Il ne résoudra pas la cause profonde de votre stress ou de votre souffrance, mais il vous offrira, espérons-le, un outil pour en atténuer les effets, le temps de reprendre votre souffle et d’expirer.