Vous avez peut-être plus besoin de la nature que vous ne le pensez.

Modelage d’un bol en argile inspiré par le blaireau du jardin. Photo Yury Li-Toroptsov

Quelque chose avait changé lorsque j’ai jeté une cuillerée de nourriture pour poissons dans le bassin. D’habitude, les poissons rouges et bruns se précipitent si vite sur les flocons qu’ils les font disparaître en moins d’une minute. Cette fois-ci, ils ne sont pas remontés à la surface du bassin artificiel. Ils semblaient effrayés. Quelque chose n’allait pas. Je suis resté là, mon pot de nourriture à la main, à me demander ce qui avait bien pu se passer.

La réponse est arrivée plus tard dans la journée. À travers ma fenêtre, j’ai aperçu un magnifique oiseau perché sur une pierre au-dessus du bassin. Il est resté immobile pendant une minute, puis a plongé dans l’eau et en est ressorti avec un petit poisson brun dans le bec. Les poissons avaient été traumatisés par cet oiseau !

Ce n’était pas n’importe quel oiseau. C’était un martin-pêcheur. Un oiseau splendide, vêtu d’un manteau turquoise sur le dos et d’un orange flamboyant sur le ventre. Son bec long et puissant ne laissait aucune chance aux poissons prisonniers du bassin. Ce martin-pêcheur venait au bassin comme on va faire ses courses. Je ne pouvais m’empêcher d’admirer sa beauté fascinante. Mais je ne pouvais pas non plus le laisser dévorer tous les poissons du bassin. Problème ! Que faire ?

J’ai trouvé dans le garage un leurre représentant un rapace et j’ai planté cette statue en bois sur la pierre même où le martin-pêcheur avait choisi de se poser. Depuis, les attaques ont cessé. L’astuce a fonctionné. Du moins, pour le moment.

Un autre jour, j’ai découvert un ensemble de petits trous peu profonds dans le jardin. Un animal était en train de creuser. J’ai alors décidé d’installer une caméra à détection de mouvement pour résoudre le mystère. Le lendemain matin, lorsque j’ai téléchargé les images, la réponse s’est affichée sous mes yeux, sur l’écran de mon ordinateur. C’était un blaireau ! Au cœur de la nuit et aux alentours de cinq heures du matin, cet animal de taille moyenne parcourait le jardin et les abords de la maison. À en juger par les photos, il était en excellente santé et semblait se régaler en déterrant des vers de terre, en mangeant des escargots et des limaces, et en goûtant aux pommes qui jonchaient généreusement le sol sous le pommier.

Il y a aussi les conflits avec les souris du jardin, les chevreuils, les frelons et les mouches. Tout cela m’occupe pas mal. Je m’agace chaque fois que je découvre un nouveau trou creusé par le blaireau ou que je trouve un nid de frelons sous le toit. Et pourtant, ces négociations incessantes avec la nature, au fil de l’année écoulée, m’ont fait comprendre que mon lien avec la nature sauvage et vivante était de retour. Et j’en suis heureux.

Tous ces animaux ont changé quelque chose chez le Parisien que je suis devenu. J’avais oublié, ou presque, ce que cela faisait de partager son espace de vie avec des animaux. Pourtant, je suis né et j’ai grandi dans la taïga. Ce lien à la terre, que j’ai perdu en vivant dans la plus belle ville du monde, représentait une perte immense dont je n’avais pas pleinement conscience. Maintenant que je redécouvre ce contact direct avec le monde animal, je chéris chacune de nos interactions.

Tout cela m’a fait réfléchir. Et si l’éco-anxiété que nous éprouvons tous aujourd’hui était le symptôme de notre déconnexion de la Terre ? De la nature qui existe en nous comme de celle qui nous entoure ? Et si l’état de notre santé mentale était révélateur de l’état de notre relation avec la planète vivante ?

Yury Li-Toroptsov (FR)

Yury Li-Toroptsov est coach exécutif et systémique accrédité EMCC (niveau Practitioner), basé à Paris. Il exerce sous supervision professionnelle conformément au Code mondial de déontologie de l’EMCC. Il est également Diploma Candidate au C. G. Jung Institute Zurich, où il suit une formation analytique approfondie qui nourrit son approche réflexive du coaching sans relever de la psychothérapie. Il est aussi photographe d’art.

À travers sa méthode Coaching par l’Image®, il accompagne dirigeants et organisations dans le développement de la perception, de la prise de décision, de la résilience et de la communication symbolique, en travaillant avec les images comme support de réflexion structurée et d’action, dans un cadre de coaching clairement défini.

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